Histoire : L’offensive d’automne 1970 des guerilleros du FLQ.
Entrevue avec Paul Rose
à l’occasion des 35 ans d’Octobre 70. 

À la poursuite d’octobre rouge

paul rose

Paul Rose est un homme de conviction et d’action. Combattant du Front de libération du Québec (FLQ) au tournant des années 60-70, il demeure convaincu de poursuivre la lutte de libération nationale et d’émancipation sociale sur le terrain de la démocratie. Aujourd’hui, il est conseiller syndical à la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN).

La plus grande crise politique

Il y a plus d'une quarantaine d'années, une vingtaine de camarades du Front de libération du Québec (FLQ), ont réussi à faire trembler la meute d'exploiteurs capitalistes, que personne n'avait oser faire bouger. Les événements d'octobre 1970, qualifiés comme étant la plus grande crise politique de l'Histoire contemporaine du Canada, ont aussi démontré de quoi est capable la « democracy » des riches. Depuis et jusqu'à maintenant, les classes dominantes respectent les règles élémentaires de la démocratie, mais il n'en a pas toujours été ainsi. Paul Rose, un des acteurs majeurs d'octobre, nous en parle. 

Entrevue et photos : Pierre Klépock

Portrait d’un Résistant

En 1970, le Québec est marqué par une combativité montante des classes populaires. Le patronat et les pouvoirs publics en place adoptent une attitude répressive envers les organisations ouvrières. Paul Rose et ses camarades de combat décident de rentrer dans la clandestinité et de prendre la voie de la lutte armée. Il nous explique pourquoi :  « Avant octobre, mes amis, mon frère et moi, étions tous dans le mouvement ouvrier ou étudiant. La lutte de conscientisation est venue de toute la démocratisation de l'éducation, l'accès des fils et des filles de la classe ouvrière à l'éducation. Finalement, toute cette jeunesse met en pratique ce qu'elle apprend, en créant des outils de libération dans la classe ouvrière.  Ce sont les groupes et les cliniques populaires, les comités d'ouvriers et de citoyens dans les quartiers, etc. ».  

Briser le mouvement

 À un moment donné, les municipalités et les gouvernements décident de briser ce mouvement d'éducation populaire, jugé trop menaçant.  « Tout le travail politique et de démocratisation, que l'on pourrait dire légal, avec pignon sur rue, a été bloqué par le règlement anti-manifestation, avec des descentes policières dans tous les comités ouvriers. Ce qui a déstabilisé et jeté littéralement par terre tout ce mouvement d'émancipation sociale », poursuit Paul Rose.

La police avait des ordres

La police avait l'ordre des pouvoirs d’État de réprimer tout mouvement de contestation sociale. « Cela se passait à Québec, à Montréal, à Sherbrooke, à Trois-Rivières, dans les milieux ruraux, partout. Parce que la loi anti-manifestation adoptée par la ville de Montréal en 1969, va être reprise par toutes les municipalités du Québec ». Paul nous explique encore une fois les raisons de cette brutale répression gouvernementale et policière : « Toute cette prise en charge par la jeunesse issue des classes populaires sur le terrain des luttes, fait peur au pouvoir de l'État, énormément peur. Parce que tant que ça demeure juste des idées, ça va, mais quand ces idées se transforment en revendications, en action militante, c'est dangereux pour ce même pouvoir ».  

Dès ce moment, au nom de la sécurité publique, le pouvoir change les règles de la démocratie. L’état policier s’installe, les libertés de réunion et de manifestation sont  supprimées. Face à cette répression, le FLQ passe aux actes. On connait la suite...

« Aujourd'hui, cela ne pourrait se refaire, parce que le contexte politique est bien différent. À l'époque, parler d’indépendance et de socialisme, c’était encore plus tabou. Il n'y avait pas de loi référendaire. Il n’y avait pas non plus de loi 101. Depuis ce temps, un certains nombres de choses ont évolué. Il y a eu quand même deux référendum. Organiser un référendum, c'est un outil démocratique beaucoup plus important que le mode d'élection actuel, il n'y a aucune comparaison. C’est un paquet d’éléments qui font en sorte que le processus démocratique n’est pas bloqué. Mais, c'est sûr que le fédéral peut jouer avec ça », soulève Paul Rose.

La Loi sur la clarté référendaire

La question alors se pose : que pense-t-il de la loi sur la clarté référendaire. « C'est un peu comme le show de la Brink's. C'est sûr que dans la mesure ou ce type de loi n'est pas appliqué, tout va. Mais, s'il venait à l'appliquer, on serait dans un autre contexte. Si jamais nous avons un référendum gagnant à 50 % plus 1, cette victoire ne sera pas reconnue. Comme n'importe quel autre peuple, il y aura une résistance et si la répression deviens plus officielle, je ne serai certainement pas le premier à monter aux barricades, mais je ne pense pas être le dernier non plus », conclut ici, Paul Rose.

Une lutte de classe

paul rose 2

Pour Paul Rose, la question nationale et sociale au Québec est une lutte de classe ouvrière dans une perspective anti-capitaliste et anti-impérialiste. Et l’internationalisme entre les classes populaires du Québec et d’ailleurs n’est pas un internationalisme de départ à sauvegarder, mais un internationalisme à construire.

« La lutte de libération nationale est une lutte de classe, parce que c'est le peuple et les classes populaires qui subissent la véritable oppression », soutient Paul Rose.

À ceux qui prétendent que mener une lutte de libération nationale et d’émancipation sociale au Québec ça fait nationaleux, il a ceci à leur répondre : « Pour moi, les nationaleux, c'est ceux qui portent le fédéralisme canadien au dessus et malgré les peuples ».

« Le nationalisme québécois, je regrette, mais c'est un nationalisme de libération. C'est un peuple auquel on nie l'existence, qui essai de trouver sa place au soleil. La même chose en Palestine, en Irlande, etc. Se sont de longues batailles de libération menées par les classes populaires », plaide-t-il.

« Ce n'est pas le degré d'agression et de résistance qui fait qu'il y a oppression ou pas. Actuellement, les Palestiniens et les Irlandais rentrent dans des rapports moins ouverts d'agression, mais cela ne veut pas dire qu'il y a moins d'oppression », continue Paul.  

« L'oppression nationale c'est la négation d'existence et d'appartenance d'un peuple. Et la seule façon d'être solidaire avec tous les peuples, c'est d'exister. Car l'existence, c'est le début de la solidarité », argumente Paul. 

« Exister de façon autonome, de façon à se reprendre en main, à s'organiser sur le terrain, c'est cela qui est essentiel. Si on pense seulement en terme de surface, on n’arrive pas dans la réalité. La réalité humaine se développe à partir du terrain, à partir du quartier, de la ville, de la région. On ne créera pas de solidarité internationale si on le fait par-dessus les appartenances terrain. L'indépendance et la pleine autonomie des peuples, c'est là-dessus que doit se bâtir l'internationalisme, car l'internationalisme ne peut pas avoir de sens s'il n'y a pas de nations », termine Paul Rose.

« L'oppression nationale c'est la négation d'existence et d'appartenance d'un peuple. Et la seule façon d'être solidaire avec tous les peuples, c'est d'exister. Car l'existence, c'est le début de la solidarité » - Paul Rose

Le droit à l’insurrection 

 « Tout peuple dont les droits fondamentaux sont gravement inexistants, a le droit de les faire valoir, surtout par la lutte politique et syndicale, mais aussi, en dernier ressort, par le recours à la force » (Art. 28). 

 « Les mouvements de libération doivent avoir accès aux organismes internationaux et leurs combattants ont droit à la protection du Droit humanitaire de la Guerre » (Art. 29). 

Déclaration Universelle des Droits des Peuples, approuvé à Alger le 4 juillet 1976.

Plus de 100 000 signatures pour libérer le prisonnier politique Paul Rose

comit paul rose

Le sort de Paul Rose en prison suscitera une très grande solidarité de classe. Dès 1971, une guérilla judiciaire se déroulera entre le Mouvement pour la Défense des Prisonniers Politiques du Québec (MDPPQ) et Ottawa.

Pour Trudeau, premier ministre libéral du Canada, les combattants du Front de libération du Québec (FLQ) ne sont que des bandits et n’ont pas à obtenir le statut de prisonniers politiques.

Contre la tyrannie du système carcéral fédéral, un Comité d’information sur les Prisonniers Politiques (CIPP) sera fondé en 1976 et un Comité pour la libération de Paul Rose sera mis sur pied en 1981.

On peut reconnaître sur la photo quelques personnes composant ce dernier Comité. Dans l’ordre habituel : Gilles Vigneault (poète et chansonnier), Fernand Daoust (FTQ), Louis Laberge (FTQ), Gisèle Cartier (CSN) et Jacques Rose (frère de Paul).

Au tournant des années 70-80, le CIPP ramassera plus de 100 000 signatures dans toutes les régions du Québec, afin d’exiger l’amnistie de tous les prisonniers politiques et combattants du FLQ. De nombreux appuis viendront de partout dans le monde : Porto Rico, Pays Basque, Irlande, France, etc.

Indépendance et socialisme 

Le Front de libération du Québec (FLQ), avait un projet de société libérateur et émancipateur : le socialisme. Le plein emploi faisait parti notamment des revendications felquistes.

« Avec le contexte de la mondialisation, il y a des conditions bien pires qu’en 1970. Par exemple, lorsque les travailleurs et travailleuses perdaient leur emploi, c’était moins difficile de se qualifier au chômage. Pour y avoir droit aujourd’hui, le fédéral a complexifié le régime d’assurance-chômage, comme c’est pas possible », s’indigne Paul Rose.

« On revendiquait aussi le pouvoir ouvrier dans les usines. Ce que nous avons maintenant, ce sont les revendications de certaines conditions de travail sur une base de trois ans. On est loin de la gestion ouvrière des moyens de production ».

« Dans cette mondialisation du capital, l’indépendance du Québec est encore plus d’actualité. La seule façon d’y résister, c’est d’organiser des solidarités sur les lieux d’appartenance. La nation est un de ces lieux d’appartenance », nous fait comprendre Paul Rose.

paul rose poing lev

Poing levé, Paul Rose arrive au vieux Palais de Justice de Montréal. Peu après son arrestation, il est condamné à perpétuité de façon expéditive. Le système carcéral lui fera subir un régime spécial. Il fera près du tiers de son temps au trou, 23 heures et demie sur 24. Avec 12 ans de pénitentier, il demeure un des prisonnier politique les plus longtemps incarcéré dans le monde. Sa famille, le mouvement ouvrier et plusieurs artistes québécois feront tout pour le sortir des prisons infectes du fédéral.

armee

À la demande de Robert Bourassa, premier ministre libéral du Québec, Ottawa envoie plus de 8 000 soldats de l’Armée canadienne des provinces de l’ouest, occuper le territoire du Québec.

centre paul sauv

Le soir qui a précédé la mise en vigueur du War measures Act (Loi des mesures de guerre), plus de 3 000 personnes, réunies au centre Paul Sauvé, acclament Pierre Vallières, Charles Gagnon, Robert Lemieux et Michel Chartrand en scandant à tue-tête : FLQ ! FLQ !

james r cross

Les ravisseurs de James Richard Cross font parvenir aux journaux des photographies du diplomate britannique pour montrer qu’il est toujours en bonne santé. Sur le coin de la table, l’édition en langue française du livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique.